J’ai 10 ans…

CM2 - Boudzy - 1986-87

 

… et c’est probablement l’une des plus belles années de ma vie. Non pas que le reste ait jamais été difficile, j’ai une chance incroyable et absolument aucune raison de me lamenter sur mon sort, mais si je fais le bilan, c’est l’année que je me rappelle le mieux. Peut-être tout simplement parce qu’à 10 ans, on s’éveille à ce qui se passe autour de soi. Mais peut-être aussi, sans pourtant lui en attribuer tout le mérite, parce qu’un instit a largement contribué à faire de cette année une grande année, et il vient de nous quitter.

Il est arrivé avec sa guitare sous le bras, son accent du Nord et ses vannes. C’était sa première année dans cette école, c’était notre dernière. Et de Septembre à Juin, nous avons beaucoup rigolé. Et beaucoup chanté.

Je me rappelle ma place dans la classe, qui était à assis à côté, devant, ou au coin opposé, là-bas dans la diagonale. Je me rappelle les épidémies de lunettes et d’appendicite, les goûters d’anniversaires déguisés et les fondues au chocolat. Je me rappelle les départements et les préfectures, appris par coeur. Je me rappelle les classements, car nous étions classés, et tellement serrés qu’on se battait pour des centièmes de points dans les 15 premières places, en chantant les aventures de l’Homme de Cro, l’Homme de Ma, l’Homme de Gnon, vêtu d’un slip en peau de bison.

Je me rappelle un des premiers cours de gym, lancer de javelot sur le bord de la rivière, sous la huée des autres. Je me rappelle avoir payé le fait d’avoir été une des chouchoutes l’année précédente, j’étais certainement devenue peste, puante, enfin là, j’étais surtout mortifiée. Je me rappelle que ça ne s’est plus jamais reproduit. Ce que je ne me rappelle pas, car je l’ai appris bien des années plus tard, c’est que cet instit, profitant un jour de mon absence, avait mis les choses au clair: pas de chouchou, pas de différence, tout le monde à égalité, sur l’air des P’tits Potes (le pote-manteau, le pote-au-feu, le pote-au-lait, le pote âgé, le grand Pote-haut…)

Je me rappelle nos premières grandes aventures et un séjour en Suisse, hébergés dans un abri anti-atomique. Je me rappelle l’accueil de nos correspondants hélvètes, en retour, et une fête mémorable dans un chalet d’alpage, parents et enfants mélangés, au coin du feu. Je me rappelle nos mines réjouies, nos joues rougies et nos tentatives, pas toujours harmonieuses, de chercher une 2nde, 3ème ou 4ème voix sur le refrain de Fleur d’Epine.

Je me rappelle notre GRAND voyage. Trois semaines à l’autre bout de la France, dans le bassin d’Arcachon. Je me rappelle avoir pleuré dans le bus en voyant ma Mère s’éloigner. Je me rappelle nos petits lits, celles qui ronflaient et les réveils au clairon. Je me rappelle l’odeur des pins, de la cantine et de la Biafine. Je me rappelle les circuits sur la plage pour jouer aux billes, les Optimists qui se renversaient et les 17 kms à vélo pour aller au Grand Crohot. Je me rappelle le sable incrusté dans nos maillots, après avoir été pris dans une tempête de sable à Biscarosse, les larmes et le chocolat chaud dans le petit café qui nous a abrités, le soulagement de voir que tout le monde avait été retrouvé. Je me rappelle ma chemise tahitienne, la choré sur Niagara pour la fin de séjour et les veillées au coucher de soleil: Love, love, love, love, c’était son nom, la la la la la la Love, un vagabond qui vivait de soleil, d’espace et de chansons.

30 ans après, tout est encore très présent, pour chacun d’entre nous. On chante un peu moins, c’est sûr. Mais de ce passé commun, il nous reste une évidence, une bienveillance, un bonheur incroyable à nous retrouver, à chercher derrière nos quarantaines les résidus de l’enfance, à saisir, dès qu’elle pointe au coin d’un sourire ou d’un oeil qui frise, la moindre occasion de faire les cons. Ensemble. Bien sûr, notre vie s’est étoffée, bien sûr, elle ne se résume pas à ce groupe d’enfants de la classe de CM2, ni à cette année 86-87, mais on y a trouvé de sacrés fondements.

Alors pour tout ça:

ça commence dans la musique avec un M

ça scintille comme une étoile avec un E

ça dessine un chemin de rêve avec un R

Sur les ailes d’une caresse avec un C

Dans la bouche d’une guitare prenez le I, prenez le I 

C’est un mot qui soudain se chante et qui vous dit, et qui vous dit :

Merci, Merci, Merci, Merci…

Merci M. Boudzy.

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2 thoughts on “J’ai 10 ans…

  1. Il y en a une autre, peut être pas apprise en CM2…

    « buvons encore, une dernière fois,
    à l’amitié l’amour la joie
    on a fêté, nos retrouvailles,
    ça m’fait d’la peine mais il faut que je m’en aille… »

    nous aussi ça nous fait d’la peine, y’avait aucune urgence Marc…

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