Chronique plastique – la tragédie du Tupperware

boîtes en plastiques

C’est arrivé hier soir.

Je rangeais la cuisine, comme à mon habitude, classant nonchalamment les verres par couleur et les assiettes par taille dans le lave-vaisselle, retournant les fourchettes tête-en l’air dans leur panier-bon-sang-il-va-falloir-que-je-dise-combien-de-fois-fourchettes-tête-en-l’air-couteaux-tête-en-bas, récupérant les deux cuillerées de soupe laissées au fond de la casserole pour les mettre dans une tasse et la couvrir de papier étirable, et râclant le fond de la Danette au chocolat de N°3, qui ne finit jamais sa Danette au chocolat – depuis toute petite, elle a un truc avec la dernière cuillère, de soupe, de pâte, de compote, arrivée in extremis, à satiété, elle n’en veut jamais, scellant sa bouche avec fermeté quand on la lui présente…

C’est en sortant le fromage du bac à légumes où il avait été remisé en hâte, pour le replacer, comme il se doit sur l’étage ‘crèmerie’ du frigo, que je remarquais l’emballage éventré du jambon blanc. Je retenais un frisson, mêlé d’effroi et d’exaspération, pour remédier au plus vite à cette aberration – que dis-je cette provocation, contraire à tous les principes de conservation des aliments – et placer le jambon dans la boîte à jambon, dont le couvercle permet d’éviter la contamination des tranches de porc par d’autres bactéries animales, voire végétales, ou inversement.

J’aime bien cette boîte à jambon. J’ai fait une infidélité de 8 tranches à ma marque habituelle rien que pour l’acheter. Elle a une forme parfaitement adaptée qui permet de poser les tranches à plat, plutôt que d’en faire des rouleaux ou de la chiffonnade, tout en restant très plate et ne prenant, par conséquent, que peu de place sur l’étage ‘charcuterie’ de mon frigo. J’aime donc beaucoup cette boîte à jambon.

Mais hier soir, je n’ai jamais pu remettre la main sur son couvercle. Elle était, elle aussi, frappée par la malédiction du Tupperware. Un véritable fléau qui décime les populations de boîtes en plastique, les réduit à l’inactivité, au désoeuvrement. Une tragédie qui se répète, encore et encore, sans qu’on puisse y trouver de solution.

Au début, j’y ai prêté peu d’attention, attribuant l’absence de couvercle à un oubli, chez Tata Gisèle, dudit couvercle, la dernière fois que nous lui avions apporté des truffes en chocolat roulées sous les aisselles de N°3 – parce que ce sont les plus petites et les moins odorantes. Et puis il y a eu la fois où j’ai dû transférer trois fois un reste de purée avant de trouver une boîte complète; celle où je me suis acharnée pendant 10 minutes sur le coin d’un couvercle, puis l’autre, puis le premier à nouveau, bon-sang-mais-ça-va-rentrer, avant de réaliser que j’essayais d’assortir une boîte aux coins arrondis avec un couvercle aux coins carrés; celle où j’ai mis une minuscule portion de lasagnes dans une boîte de 3 litres et celle où j’ai fini par poser une assiette sur la boîte en guise de chapeau…

Je me suis donc résolue à dresser un état des lieux de mon placard à boîtes en plastique. Sur une vingtaine de boîtes, seule une petite moitié était complète!… J’avais, par contre, une belle collections d’une dizaine de couvercles célibataires, qui n’avaient pas trouvé boîte à leur pied.

Comme pour les chaussettes, je me suis demandée si mon électro-ménager était en cause et si  le lave-vaisselle était à blâmer, avalant un couvercle par ci, une petite boîte par là, par gourmandise ou par ennui. Mais le pauvre est bien trop âgé pour s’adonner à ce genre de fantaisie, il ronronne  comme un vieux chat, glougloute bruyamment en fin de cycle, la moindre contrariété le détraque… non, il n’aurait pas fait ça.

Evidemment, j’ai retrouvé un ou deux éléments dans la dînette des choupettes, sur le bord de la baignoire parmi les bouteilles vides qui leur servent d’alambics à potions et dans le lit de N°3 (?). Mais je reste persuadée qu’il y a une autre piste à creuser, que mes boîtes sont victimes d’un serial tupper-napper agissant sournoisement, un fétichiste de la boîte en plastique, camouflant ses méfaits dans le flou artistique de mon quotidien et collectionnant, dans un recoin sombre du grenier, des couvercles de toutes les tailles et de toutes les couleurs. D’ailleurs, maintenant que j’y suis attentive, je l’entends parfois le soir, gratouiller à l’intérieur du placard, mais je n’ai pas encore eu le courage de le confronter… je préfère donc pour le moment, lui sacrifier le reste de mes contenants valides, en espérant qu’en ayant le champ libre, il fasse une overdose de boîte de conservation et revienne à la raison.

En attendant, j’applique ma stratégie de contournement de l’obstacle, en évitant systématiquement le moindre reste. Bon, ça demande un calibrage au millimètre, et il y a encore quelques ratés, certains repas où chacun avale la moitié d’une baguette de pain pour se rassasier, et d’autres où je me ressers de carbo à quatre reprises. Mais on va y arriver, je suis décidée: je ne cèderai pas à la panique et vais faire la nique au sadique de la boîte en plastique!

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