Mes nuits sont plus cruelles que vos jours – épisode 2

MAF...ET SA COUETTE 001

Vous allez trouver ça d’une tristesse sans nom… si, si, je vous jure… mais maintenant que je suis lancée, je ne peux plus faire machine arrière alors je vous le dis quand même (sol fa  ré ré# sib la : « Je t’aime » sib – J’avais 13 ans en 1989… désolée – non, mais en fait, ce que je veux vous dire c’est), j’aime mon lit. Je l’adooooore, le kiffe, le vénère, l’idolâtre. Je l’aime au point que toute contrariété liée au partage ou à l’invasion dudit lit génère chez moi une agressivité digne de l’inquiétante Road Rage qui saisit certains conducteurs. Il faut se rendre à l’évidence, je suis encline à la Bed Rage.

23h30
Je déplace mes coussins, pique discrètement les plus moelleux à mon voisin de droite avant qu’il n’arrive, replace l’édredon de manière à ce qu’il déborde légèrement de mon côté, et glisse ENFIN sous ma couette toute fraîche. Mon corps harassé attendait tellement ce moment qu’il en est submergé de bonheur: je fais l’étoile de mer pour profiter des quatres coins du lit, je roule comme un nem, puis vient écraser ma tête dans l’oreiller avec un long soupir de soulagement, voire un miaulement de bien-être, voire un véritable râle d’exultation.

23h45
Le sommeil est en train de me gagner délicieusement quand l’Homme entre dans le lit. Il rallume la lumière pour régler le réveil, crée un énorme courant d’air en soulevant la couette et demande à ma nuque si « Tu crois qu’on commence plutôt par changer le parquet dans la chambre des filles ou on rénove la nôtre? » Ma nuque ne lui répond pas, de peur de remettre mon cerveau dans un état d’activité qui ruinerait ce premier quart d’heure d’engourdissement. L’Homme n’insiste pas, mais cherche sa position en se retournant plusieurs fois ce qui me fait rebondir de l’autre côté du matelas.

23h46
L’Homme dort profondément. Au-dessous de nous, les pleurs soudains de N°3 provoquent une décharge d’adrénaline, ou d’irritation, tous mes muscles se tendent… Pas déjà!… Elle se calme heureusement dans la minute, mais le mal est fait. Mon corps est en éveil.

00h30
Face A, tranche, Face B, tranche, Face A, tranche, Face B, tranche… J’ai déjà tourné 37 fois sur moi-même, mais rien n’y fait, je ne trouve pas la bonne position. Mon genou de dessus finit toujours par peser trop lourd sur celui du dessous, je ne sais pas quoi faire de mes bras, la couture latérale de mon t-shirt est trop épaisse et s’imprime sur mes côtes, l’oreiller qui promettait tant de douceur est à présent aussi douillet qu’un bloc de parpaing, mes cervicales ne s’alignent pas et j’ai chaud, mais la patrouille insistante d’un moustique à proximité de mes oreilles m’oblige à rester sous la couette, enfouie jusqu’aux cheveux.

02h30
J’ai repensé à ce documentaire sur l’état inquiétant de notre planète, sur ce que mes filles et leurs enfants connaitraient, ce qui, de fil en aiguille, m’a conduite à imaginer la vaste étendue de choses horribles auxquelles elles risquaient d’être exposées tout au long de leur vie et j’ai failli étouffer d’angoisse; alors j’ai opté pour l’attitude ‘Tête dans le sac’ (quitte à étouffer…) et me suis concentrée sur mon quotidien et toutes les choses que j’avais ‘en cours’… bilan désastreux, deuxième bouffée d’angoisse… j’entends de drôles de bruits, la maison craque de tous les côtés et le furet qui trotte sur le toit va bientôt trouver le chemin jusqu’à notre fenêtre ouverte…

02h35
Me suis retrouvée nez à nez avec le furet (lui dehors, moi dedans) et j’ai crié tellement fort que l’Homme a littéralement bondi hors du lit. S’est recouché presque aussitôt en me prenant pour une folle. Réveillée elle aussi, N°3 appelle. L’Homme fait semblant de ne pas entendre, de toutes façons, elle hurle « MAMAN! MAMAN? MAAAAAAMAN!!! »

02h40
Je cherche la couette à tâtons pour me re-tapir dessous, mais j’ai dû la rejeter très bas en me levant… ce n’est qu’en atteignant le milieu du lit et le dos de celui qui partage ma couche, que mes mains reconnaissent l’épaisseur de l’édredon… Furieuse, j’oublie soudainement la vie de rêve que m’a construite cet Homme, nos trois magnifiques filles et notre complicité, je tire violemment sur la couette pour m’enrouler rageusement dedans, sans me soucier de le découvrir totalement. Mais il n’en reste pas là et récupère son dû aussi vigoureusement. Le tissu entre nous est tellement tendu que N°3 pourrait faire du funambulisme dessus.

02h50
N°3 ne s’est pas rendormie, elle appelle depuis 10 minutes, mais je ne veux plus bouger. De guerre lasse, elle est montée dans notre chambre et tente de se glisser contre moi, mais je ne lui présente que la face nord, alignée avec le bord du matelas, soit peu de prises et peu de place. Elle ne se décourage pourtant pas et s’agrippe à mon dos, à moitié suspendue dans le vide.

03h00
Après être tombée deux fois du lit, N°3 tente avec succès une approche par la face paternelle Sud. Ses bras serrent mon cou, ses orteils ‘pougnent’ contre ma cuisse, la quiétude de la chambre est peuplée de ronflements, de tétouillements humides et caoutchouteux, de l’opiniatreté du moustique.

N°3 a fini par se décoller, la couette n’est ni trop chaude ni trop fraîche, l’oreiller comble et rassérène le creux de ma nuque, le matelas n’a jamais été si parfaitement ajusté aux aspérités de mon corps… Il est 07h05, le réveil blablate depuis 20 minutes, il faut se lever…

Avec une illustration très inspirée de la (comme d’hab’) talentueuse Odré.

Retrouvez ici l’épisode 1.

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7 thoughts on “Mes nuits sont plus cruelles que vos jours – épisode 2

  1. Ben dis donc, c’est je t’aime moi non plus l’histoire d’amour que tu entretiens avec ton lit !
    Le burn-out total pointe déjà le nez moins d’un mois après la rentrée… tu peux essayer la méditation transcendantale.

    • ça c’est une bonne idée… faut juste que je trouve un créneau… sans plaisanter, j’y ai déjà pensé, en entendant Christophe André plusieurs fois sur Inter, me suis dit que c’était vraiment ce qu’il me fallait! et toi, tu médites?

      • Cela me vient naturellement… c’est fou le nombre de fois dans la journée où j’ai l’impression d’avoir un vide intersidéral entre les deux oreilles !

  2. Ping: Chronique analgésique | Ma Vraie Vie de MAF

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