Résilience

playmo rentrée 007

Je ne pourrais pas dire qu’on ne m’avait pas prévenue. Au premier jour de notre histoire, je savais exactement ce qui m’attendais. J’aurais même pu dire la date et l’heure précise à laquelle ça me tomberait dessus: le 2 Septembre 2014, à 8h45.

Ça s’est déclaré en sourdine, dans le quart d’heure qui a suivi notre séparation, avec un sentiment un peu flou d’inutilité, quelque part entre le désoeuvrement et l’abandon. Je suis rentrée à la maison, me suis assise dans un fauteuil et j’ai commencé à me lire « Tchoupi va au zoo » et « Tchoupi ne veut pas se coucher », par habitude. Puis j’ai fait un ou deux puzzles, du coloriage, et j’ai renversé la boîte de Playmobil en espérant qu’ils prennent vie tous seuls…

Pour le moment, j’en suis encore là, à compter mes doigts et attendre que quelquechose se passe. Mais je sais que je vais bientôt rentrer dans la phase suivante, celle où je vais réaliser ce qui vient de m’arriver, et sombrer dans une profonde neurasthénie. Je n’aurais plus d’énergie pour rien, je traînerai dans la maison en pyjama avec mon vieux gilet troué, une plaque de lait/amandes grillées/fleur de sel dans une poche, un mouchoir de 50×50 dans l’autre, je regarderai en boucle son film fétiche et pleurerai ad libitum sur sa chanson préférée… notre chanson (Libérééeeee, délivréeee, je ne mentirais plus jamaiiiiiiiiis). De toutes façons, il paraît qu’il ne faut pas lutter, qu’il faut laisser les sanglots nous submerger, pour tout évacuer jusqu’à ce que le corps soit totalement purgé – certaines préfèreront une cure de tisane de pissenlit, chacune sa recette.

En phase trois, j’aurais un regain d’orgueil. Je me dirais qu’à toute chose malheur est bon, que je vaux bien mieux que ça et qu’il faut aller de l’avant. Je forcerai le trait en devenant exagérément joyeuse et enthousiaste, me lancerai à corps perdu dans un nouveau grand projet de réaménagement de la maison ou de protection des anguilles à nageoires courtes, dont tout le monde se fout, mais qui sont quand même une espèce menacée.

Et je vais parler, parce qu’il faut parler et parce qu’après avoir sauvé les anguilles à nageoires courtes, j’aurais un besoin pathologique de revenir à ma source première de préoccupation. Alors j’appelerai ma Mère, ma Soeur, mes copines qui ont déjà vécu ça, et puis encore ma Soeur, et encore ma Mère… elles m’expliqueront que ça va passer, qu’on peut s’en sortir. Mais je ne les écouterai pas parce pour MOI, ce n’est pas pareil, que mon histoire à MOI est différente, que je souffre dans ma chair, MOI, bien plus qu’elles et que, de toutes façons, elles ne comprennent rien, ELLES. Après ça, je devrais logiquement céder à la colère. Je viderai alors son armoire, planterai des aiguilles dans une poupée à l’effigie de la nouvelle femme de sa vie, sa maîtresse, déchirerai des photos puis me demanderai si j’ai vraiment fait tout ce qu’il fallait pour éviter ça… et les recollerai.

Puis un beau jour, sans que je l’ai décidé, je serai remise, je ne chercherai plus à savoir de qui ou de quoi venait le problème et je recommencerai à vivre. Encore un peu fragile, j’éviterai tout ce qui me ramènerait à notre histoire: je donnerai le DVD de la Reine des Neiges à ma petite voisine, ne me risquerai pas toute seule à l’aire de jeux ou au Mac Do, quitte à me priver (provisoirement) du Sunday Caramel que j’aime tellement mais que nous avions l’habitude de partager. Je rappellerai ma Mère, ma Soeur, mes copines et chercherai à savoir comment elles vont, Elles.

Mais là tout de suite, je vais aller m’allonger une minute dans son lit, que je n’ai pas changé de l’été pour que les draps s’imprègnent bien de son odeur, et puis je vais attendre, sans bouger, jusqu’à 11h30, qu’elle revienne de l’école.

N°3 m’a rendu ma liberté, elle a fait sa rentrée.

chronique publiée dans le numéro d’Actives de Septembre 2014.

Publicités

5 thoughts on “Résilience

  1. homondieu non ! J’espère que ça ne m’arrivera JAMAIS ! Je vais scolariser ma petite princesse Disney en haut d’une tour sans porte, jusqu’à ses 40 ans, et elle se fera pousser les cheveux pour que je puisse la rejoindre tous les jours, et puis …

    • C’est vrai, ça va mieux, mais mon boulet a décidé de ne pas m’épargner et de ne pas me laisser profiter trop pleinement de ce répit: pas encore d’école l’après-midi, plus de sieste… mes plages de liberté sont largement amputées et j’ai, finalement, encore moins de temps qu’avant!!!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s