Mythologie Au Foyer: dans la peau de Sisyphe

Je ne vous apprendrais rien en disant que – si l’on ne se ménage pas des plages de liberté, de stimulation intellectuelle et de défoulement social – la vie de Mère au Foyer se résume vite à un éternel recommencement, une longue mission sans fin: préparer, laver, ranger, préparer, laver, ranger, préparer, laver, ranger… sur un rythme de valse monotone, au tempo plus ou moins soutenu. A tel point que parfois, devant l’ampleur de la tâche, je me sens un peu comme Sisyphe devant son rocher…

 fourmi

(photo: http://twicsy.com/i/DrG6Yd)

Sisyphe, c’est le gars hyper malin, voire carrément filou, berger de son état et père présumé d’Ulysse 31, qui eut l’outrecuidance de défier deux divinités de l’Olympe, et non des moindres:

–       Zeus, le Dieu des Dieux et roi des vivants, des éclairs dans la main et le feu aux fesses, qui avait, comme à son habitude, enlevé une belle jeune fille, et que Sisyphe dénonça au père de sa proie… en même temps, Zeus, tout Dieu qu’il était, avait quand même sacrément la poisse et une fâcheuse tendance à se faire gauler.

–       Hadès, le frangin dudit Zeus et roi des Enfers, auquel Sisyphe avait faussé compagnie à deux reprises. De toutes façons, même James Bond le sait, on ne vit que deux fois.

Du coup, d’un commun accord, la puissante fratrie le condamna à pousser un énorme rocher jusqu’au sommet d’une montagne, sommet qu’il n’atteignit jamais puisque le rocher retombait et roulait jusqu’en bas à chaque fois, le contraignant à recommencer éternellement.

Régulièrement, quand ma maison est quasiment propre et rangée, je suis envahie par le sentiment de découragement qu’a dû éprouver Sisyphe en sentant sa pierre lui glisser entre les mains et dévaler la pente alors que le but vers lequel il tendait était enfin en vue…

La dernière fois que ça m’a pris, ma soeur venait pour le week-end. J’avais déjà eu quelques heures pour jouer les tornades blanches avant son arrivée et papillonnais de haut en bas, chaque petite chose menant à une autre. Et puis, en voulant lui faire de la place sur une étagère de la salle de bains, je suis tombée sur:

–       l’empreinte visqueuse du flacon familial 750ml du gel douche entièrement répandu dans le sac de piscine, une paire de lunettes de piscine hors d’usage et deux étuis de lunettes de piscine vides… le tout mettant en évidence la dispersion des affaires (de piscine donc) entre différents endroits de la maison, puisque celles-ci n’avaient rien à faire là;

–       un étui à compas datant des années 80, sans compas, une boite à chaussures pleine de cordes de guitare datant de la décennie suivante, période post-adolescente où je rêvais de devenir une rock-star, et un sac rempli de cailloux… outre l’anachronisme que représentait la rencontre entre ces différents éléments, ils témoignaient surtout du pillage dont avait dû être victimes les cartons ‘archives/souvenirs’, que je croyais inviolables dans le grenier.

–       des moufles de ski dépareillées (touchées par le même fléau que les chaussettes) et un bonnet en laine, me rappelant que nous avions atteint les calendes grecques (j’aurais dû me douter de quelquechose en voyant débarquer Sisyphe dans mon esprit), date à laquelle j’avais fixé le tri des affaires d’hiver.

Bref, derrière une apparente propreté, la maison recelait encore de chantiers titanesques (digne des Titans, décidément, ces Grecs…) auxquels je m’étais déjà attelée quelques mois auparavant mais qu’il me fallait je relancer (organisation cohérente des différents secteurs, archivage et tri saisonnier)… mais contrairement à Sisyphe, endurant sa condition avec résignation, voire bonheur, si l’on en croit Camus, le dépitement et la colère firent monter à mes lèvres un flux de jurons indigne de mon rang matriarcal. Il ne me restait plus qu’à courir dans le jardin et y creuser un trou pour vider mon sac d’insultes, comme le barbier de Midas pliant sous le poids de son secret… Mais ça, c’est une autre histoire…

 

A SUIVRE

 

 

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4 thoughts on “Mythologie Au Foyer: dans la peau de Sisyphe

  1. Je n’ai pas d’enfant, mais je peux t’assurer que l’éternel recommencement des tâches est notre lot commun… Bon, peut être un peu plus quand on a des enfants tout compte fait !
    Toujours aussi croustifondant comme tu le racontes, même avec plein de trucs érudits de mythologie entre les lignes.

  2. Je suis en vacances depuis vendredi soir et le seul truc important que j’ai réalisé fut de remplacer le carton d’affaires d’hiver par celui d’affaires d’été dans le placard de l’entrée. J’ai juste eu le temps de constater que nous etions effectivement en possession de plusieurs gants celib’.
    Sinon. Je dois remplir ma déclaration d’impôt. Et là, c’est juste … Le drame.

    • relire ton comm’ m’a rappelé cette histoire d’impôts que mon inconscient avait enfoui au plus profond, sous des couches de trucs hyper plus importants comme trouver une destination de vacances, repenser la décor de la montée d’escalier, changer la bobine du rotofil… voilà, maintenant, je partage ton drame!!!

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