chronique antinomique

Esprit de contradiction

 

Je ne sais pas si c’est dans sa nature profonde ou si cela procède tout simplement de la construction, par opposition, de son Moi à lui, mais l’enfant est quand même, avouons-le, extrêmement entravant. On dirait qu’il a pour seul but de fouler au pied notre organisation et de mettre le dawa dans nos prévisions. Bref, il est contrariant.

ça passe par de toutes petites choses, a priori insignifiantes… Tenez, prenez le simple enfilage des chaussures à un tout petit, le matin avant de partir à l’école, ce geste banalement quotidien qui vire chez nous au casse-tête: si je prépare la basket droite, N° 3 me tend systématiquement le pied gauche, mais le temps que je saisisse la gauche, elle l’a reposé et me présente le droit. Au début, c’est involontaire, puis ça devient un jeu… plus je m’impatiente, plus ça l’amuse, et bis repetitita pendant les précieuses minutes qui vont faire la différence entre ‘à peu près à l’heure’ et ‘carrément à la bourre’ pour partir à l’école. Ecole dont elle ne veut jamais repartir, une fois qu’on y a déposé les grandes. Pourtant, quelque chose au fond de moi me fait craindre que le jour R, celui de la Rentrée, en Septembre prochain, quand je voudrais qu’elle reste dans sa classe, elle s’accrochera à mes basques comme si ça vie en dépendait, et que c’est moi qui n’arriverait pas à repartir…

Parfois, cependant, il m’arrive d’avoir la tête suffisamment froide pour appliquer une stratégie apprise au contact de l’Homme, qui consiste à prêcher le non afin d’obtenir le oui: “non, non, pas de bisou, s’il te plaît, pas de bisou mon Bébé…” et, là, elle j’en ai pour au moins dix bonnes minutes de câlins; évidemment, pour les bisoux, c’est facile, pour le rangement de jouets en revanche, ça n’a marché qu’une fois, car elle a vite compris qu’elle était en train de se faire avoir.

Les deux aînées, elles, sont championnes du Monde toutes catégories de l’opposition par principe. Quand je suis bien lunée et leur demande si elles préfèreraient du riz ou de la semoule pour accompagner leurs boulettes de viande, elles répondent sans consultation, mais de manière parfaitement simultanée, le contraire exact de ce qu’a choisi l’autre. Puis elles intervertissent généralement leurs réponses, et quand N°2, comme à son habitude, finit par lâcher du leste et dit: “Bon, c’est comme tu veux, on fait du riz”, N°1, pour me facilliter la tâche, réplique: “Non, mais je m’en fiche, de toutes façons, je n’ai pas faim…” C’est généralement là que j’ai envie de les plonger, elles, dans l’eau bouillante salée… Et ça marche à peu près pour tout. “Les filles, vélo ou piscine cet après-midi? / vous voulez jouer au Uno ou au Lynx?” / “Je vous mets Gulli ou Disney Channel?” / “Je vous prive de dessert ou de trampoline?”

Mais pourquoi me direz-vous, pourquoi, dans ce cas-là, m’obstiné-je à demander leur avis? Pourquoi ne leur imposé-je pas unilatéralement et despotiquement du céleri rave en regardant le docu d’Arte sur la rivalité maritime entre l’Angleterre et les Pays-Bas, en allemand dans le texte – ce qui s’avèrerait certainement un excellent moyen de les détourner de la déesse Télé quand on y pense… Pourquoi? Peut-être parce qu’à force de dire non tout le temps, j’ai besoin de me et de leur donner l’illusion de la liberté en leur laissant parfois le choix… mais, comme trop de choix tue le choix, je finis quand même par trancher unilatéralement et despotiquement. Ce à quoi, elles me répondent invariablement: “Ben à quoi ça sert que tu nous demandes notre avis, si c’est toi qui décide…”

Bref, quelle que soit l’approche, c’est perdu d’avance…

Encore une beau portrait de la triplette par Odré…

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6 thoughts on “chronique antinomique

  1. il y a longtemps, très longtemps, un temps que les moins de 20 ans ne peuuuuvent pas connaîtreeuuu, j’ai passé une nuit complète dans un sombre estaminet de la préfecture haut-savoyarde à disserter des bienfaits et dérives systématiques d’un « despotisme éclairé », ou d’une « dictature des lumières ».
    Au bilan financier laaaargement déficitaire pour 2 étudiants des consommations absorbées dans le sombre estaminet s’ajouta la nullité des considérations socio-géo-politico-éthylooogique qui s’ensuivirent (remember, y’avait pas 6 mois que le mur était tombé, un souffle puissant balayait le monde)… mais bref je m’égare….
    Sois despote, de toute façon à la fin tu le seras quoique tu fasses (dans quelques mois pour n°1….), la vérité sort (parfois) de la bouche des enfants (gnagnagna)

    bisous

    • Arrête donc de te donner plus d’années que tu n’en as déjà! Mais je te rejoins sur ce point: le parent est un despote qui ne s’ignore pas, mais de là à s’assumer en tant que tel…
      sinon, ça fait une semaine que je mate toutes les voitures que je croise au feu de Bons, c’est malin…

  2. En ce moment avec mademoiselle 2 ans, j’excelle dans le « faux choix » : tu préfères de la crème ou du beurre sur tes épinards ? Tu veux aller dehors avec le manteau bleu ou le manteau rouge ? Tu veux mettre la chaussure droite ou la gauche en premier ? ça fait hurler son père, mais il se tait vite (lui aussi), quand je lui tends ladite paire de chaussures en souriant.
    Et ça me guérit de mon affreux tic de langage qui consiste à finir toutes mes phrases par « d’accord ? ». Et récolter un « non ».

    • Je pense que tu tiens là une excellente stratégie… il faudrait que j’y pense avant d’ouvrir la bouche… mais ça ne marche qu’au cas par cas, pour une décision collective, le choix lancé à la cantonade, c’est l’échec assuré!

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