Faux-départ

 

faux départ

A part pour courir le MAF-rathon, j’aurais fait une piètre athlète… Après le coup de pistolet et 10 mètres de course, j’imagine la scène d’ici, j’aurais été capable de revenir en arrière pour récupérer mes baskets restées coincées dans les starting-blocks… je ne sais pas ce que ça cache, mais je suis suis incapable de prendre un départ propre, net, définitif.

“Les filles, on y va! Allez, en voiture, ça fait dix fois que je le dis!”

J’arrive à subtiliser le pyjama de poupon dont N°3 s’était entichée et à le glisser dans la caisse à pyjamas de poupons sans qu’elle s’en aperçoive, à faire descendre N°2 de son vélo et nous rejoignons enfin N°1, déjà assise depuis 10 minutes à l’avant de la voiture qui vibre à la cadence régulière des basses de la ‘Super Mega Compil de Radio Djeuns’. Portières ouvertes, elles grimpent. Contact.

“Mince, mon téléphone!”

Je ressors, rouvre la porte de la maison, croise la veste de N°2 dans l’entrée, en déduit qu’elle ne l’a pas sur elle, retourne jusqu’à la voiture pour la lui donner, la retrouve près de la haie en train de construire un téléphérique à fourmis avec une coquille de noix.

“Non, mais franchement tu exagères! Monte dans la voiture, ça suffit maintenant!”

Elle monte, je ferme sa portière, ça devrait la contenir. Re-rentre dans la maison pour chercher… quoi, déjà? Ah oui, mon téléphone! J’en profite pour ramasser les trois paires de chaussures essayées par N°1 avant de trouver botte à son pied, croise N°3 qui ressort de la maison avec le pyjama de poupon qu’elle est allée rechercher dans la caisse à pyjama de poupons et réalise, en fermant la porte de la buanderie, que je n’ai pas mis mon linge à sècher… Si je le laisse là toute la journée, il va sentir le rat mouillé…

Je ressors, installe et sangle N°3, détourne son attention du pyjama en lui donnant ses tétines, demande à N°1 de baisser la musique et à N°2 d’arrêter de danser pour s’assoir à sa place.

Je re-re-rentre dans la maison, jette le pyjama de poupon en direction de la caisse à pyjamas de poupons, la rate de 3 mètres, vide la machine à laver, cours étendre le linge à la va-vite, en profite pour aérer les chambres, croise les papiers que j’avais préparés pour partir à la Préfecture et bénis les chaussures de N°1 d’avoir traîné dans l’entrée, sans quoi je n’aurais jamais ouvert la porte de la buanderie pour les ranger, eu envie d’étendre le linge et aurais certainement réalisé, à la Préfecture seulement, qu’il me manquait le dossier que je venais y déposer.

Je ressors, ferme la porte, rejoins la voiture qui ne vibre plus mais ondule carrément sur ses amortisseurs, au rythme des bonds de chacune des filles sur la banquette. J’ouvre la portière et coupe la musique pour me faire entendre et parce que je suis un peu énervée, juste un peu. Je m’installe, enclenche la marche arrière et me retourne vers N°3 qui demande : “Où ‘jama bébé Maman?” et se met à hurler parce que je lui dis que je ne sais pas. En finalisant ma manoeuvre et à travers la vitre de la voiture, j’aperçois les clés de la maison, restées sur la porte d’entrée.

Je ressors, devant la porte, je me dis que je ferais aussi bien d’aller chercher ce fichu pyjama de bébé pour avoir la paix. En re-re-re-rentrant dans la maison, je croise la baie vitrée qui n’est pas fermée, j’en profite pour fermer les fenêtres des chambres que j’avais aérées.

Une demie-heure et cinq litres d’essence plus tard, N°1 fait la tête parce que j’ai arrêté la musique, N°2 chouine après s’être cognée en faisant du trampoline sur son fauteuil et N°3 a balancé le pyjama de bébé à ses pieds, mais nous sommes prêtes à partir.

A 11h47, nous arrivons enfin devant la Préfecture… qui fermait à 11h45. De dépit, de lassitude, de colère contre moi-même, je cherche mon téléphone dans mon sac pour prévenir mon homme qu’il n’aura pas les papiers qu’il espérait…

“Mince, mon téléphone…”

 Odré, elle, part toujours au quart de tour, même quand elle reçoit mes idées de chronique à la dernière minute…

 

 

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7 thoughts on “Faux-départ

  1. J’adore tes articles :). Dans celui-ci je me reconnais beaucoup. Sauf que je n’ose laisser trop longtemps mes deux garçons dans la voiture seuls. Ils la retourneraient …
    PS : le téléphérique pour les fourmis c’est trop mignon.

    • Merci! je n’aime pas les laisser seules dans la voiture longtemps non plus, ce n’est pas une volonté délibérée, c’est plutôt du au fait que je ne réalise jamais vraiment combien de temps s’est écoulé entre le moment où elles y sont montées et le moment où nous partons effectivement…

    • Merci! la vie de MAF peut être tellement répétitive, que si on ne la regarde pas avec un peu de recul et d’auto-dérision, on pourrait très vite sombrer dans la neurasthénie!!!

  2. Chère Mel, je ne te dis pas assez souvent comme je me marre à la lecture de tes chroniques! Celle-ci je l’ai lu dans le tram, et je riais seule devant mon smartphone… comment ça, me serais-je reconnue moi aussi dans ce faux départ ! eh le pire c’est que moi j’ai du gaz à la maison, et j’y rajoute aussi le toc de la porte verrouillée … ou pas au fait ?
    Le must a été le moment où tu en profites pour aérer, désopilant, je n’aurais pas osé :)!

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