Chronique allergique

MAF Intolérance à la frustration

J’ai ENORMEMENT de chance: mes filles sont de bonne constitution. Touchons du bois, en huit ans, j’ai dû acheter deux doses d’antibiotiques, car elles n’ont connu que très peu de maladies infantiles ou alors des toutes bizarres, très impressionnantes mais fulgurantes (rhume de hanche, pied-main-bouche, pneumopathie…).

Elles n’ont pas les oreilles fragiles, ou la gorge fragile ou les yeux fragiles… – Bon d’accord,  N°2 a la peau fragile, très différente de tous nos cuirs mats et tannés, mais ça n’aurait pas dû arriver… C’est parce que pendant ma grossesse, ne prenant pas au sérieux les recommandations des autochtones polynésiennes, croyant qu’il ne s’agissait là que de contes et légendes maori, j’ai mangé des poissons du large alors que j’aurais dû me contenter de ceux du lagon… ou le contraire – tout ça juste pour glisser discrètement que j’ai fini ma gestation sous les cocotiers et nous permettre à toutes de rêver un peu, en ce mois de Janvier, alors qu’il ne fait même pas froid dehors et que notre président joue les Dom Juan… bref… N°2 a la peau fragile et je vais finir par croire que Mareva avait raison –  Elles peuvent boire du lait, se baffrer de beurre de cacahuètes, manger des huîtres et des moules, câliner tous les chats miteux du quartier, se rouler dans les pissenlits au pied d’un bouleau… tout ça car elles n’ont pas de terrain allergique (à ce sujet, si c’est le cas chez vous, je vous donnerai cette semaine un super bon plan…), enfin, c’est ce que je croyais jusqu’à très récemment, avant de découvrir que N°3, souffrait, d’après sa pédiatre, d’une très sérieuse ‘intolérance à la frustration’.

C’était donc ça!!! Ces crises de nerfs à répétition, cette incapacité physique à supporter la moindre contradiction, ces réactions extrêmement violentes (cris assourdissants, coups de pieds, arrachage de chaussures, posture dite de la carpe sauf que ce n’est pas du yoga) à la non-satisfaction de ses envies de bonbons, de chocolat à toute heure de la journée, de jeu sur la tablette ou de jeu sur mon téléphone, de ses envies de ne pas me laisser changer sa couche, de ne pas me laisser l’habiller pour accompagner ses soeurs à l’école, de ne pas me laisser l’attacher dans la voiture pour partir à l’école, de ne pas quitter l’école une fois qu’on y est arrivées, de ne pas descendre du manège au bout du 10ème tour, de ne pas laisser la pédiatre l’ausculter (d’où le diagnostic…), tous ces moments où j’ai fini par l’attraper par la ceinture et la balancer gesticulante sur mon épaule pour pouvoir aller où je voulais, où je me suis mise à crier, à pleurer, à implorer à genoux devant son intransigeance… tout cela n’était en réalité que la conséquence d’une énorme allergie, une réaction pathologique et spécifique de son organisme au contact avec une substance étrangère, allergène : la frustration. (Substance, soit dit en passant, que je dois être la seule à sécréter, vu que ces manifestations allergiques me sont exclusivement réservées, ni son père, ni ses grands-parents, ni sa nounou ne subissent ces excès de fureur…)

Et dire que j’avais pris ça pour du caprice… A ma décharge, j’aurais probablement compris plus vite si cette intolérance s’était manifestée de manière classique : éternuement à chaque refus, éruption cutanée, démangeaisons ou encore conjonctivite… Mais bon, maintenant que je sais de quoi il retourne, que j’ai réalisé que ma fille était malade, je vais enfin pouvoir prendre les mesures qui s’imposent : désensibilisation, antihistaminiques voire corticoïdes… Pour ce qui est de la suppression de l’allergène lui-même par contre, je suis plus inquiète. Quand je vois ce que ce petit démon arrive déjà à faire de moi – parce qu’évidemment, à côté de ça, elle est absolument irrésistible, drôle, câline, à croquer – je crains que l’absence totale d’opposition ne finisse par la rendre irréversiblement tyrannique…

Publicités

14 thoughts on “Chronique allergique

  1. Courage, je crains bien que mon deuxième ne soit également et puissamment allergique à la frustration. Nous vaincrons cette maladie ( enfin j’espère ).
    Sinon, j’adore ta façon d’écrire 🙂

    • Nous vaincrons… ou la frustration dévastatrice aura raison de nous… J’ai bien failli démissionner une ou deux fois déjà… mais cette petite terreur me rattrape toujours d’un coin de fossette…
      sinon, merci beaucoup! très touchée par ton compliment!… que je te retourne: j’adore le concept de ton blog et suis admirative du boulot que ça représente!

  2. Alternative à la posture du sac de patates, je te propose le porté sous le bras, dos contre ta hanche (et dans les cas extrêmes de röaction d’intolérance massive: jambes devant, tête derrière), ce qui te permet d’éviter les coups de pieds dû aux mouvements inconsidérés de la crise aigüe. Je te rassure, ça s’améliore avec l’âge, nous évitant ainsi le lumbago.

  3. L’intolérance à la frustration est une maladie plutôt courante : mon Grand en est atteint également. Les symptômes sont apparus après Noël, après qu’il ait reçu une console de jeu en cadeau. Les crises sont malheureusement fréquentes et, lorsqu’elles surviennent, il n’y a qu’une dose de Vaocoin qui soit efficace.

    • Ils pourraient quand même le spécifier sur la notice de la console, au moins tu saurais à quoi t’attendre… et le vaccin, il est remboursé par la sécu, j’espère, car son il est vraiment d’utilité publique!

  4. Heureusement pour moi, cet état n’a duré que 6 mois pour n°1 mais qui m’ont paru interminable… et n°2 devrait pas tarder à attaquer la sienne.. ici c’est le passage des 2,5 ans qu’on redoute….bon courage…

  5. Ping: Je joue donc je suis |

  6. Oh j’ai connu ça ! Enfin il est tjs allergique à la frustration mon n°2 mais il s’est passablement calmé, par contre de 7 mois à 2 ans passé dès que ça n’allait pas il se jetait par terre et se tapait la tête contre le sol, puis plus tard quand j’ai commencé le coin il se « fracassait le crâne » (sans dommage ouf) contre le mur voir le radiateur parce que tu vois les coins à force ils sont plus vides ! Bref, j’étais désemparée face à ce petit être qui à la moindre frustration en venait à se faire mal à lui même ! et le nombre de bleus sur son front ! J’en ai parlé à son docteur, il ‘na pas su me donner de solutions par contre il a eu le genre de phrase qui m’a fait rire jaune « on pourrait croire que vous le battez ! » Hum merci j’prends note !
    Aujourd’hui il ne se tape plus, mais faut voir dans quel état il se met pour un simple « non » ! En plus il a une bouille d’ange ! pfffffffffffff !
    Alors juste bon courage !

    • Ce qui est terrible, c’est qu’on a vraiment peur qu’ils se fassent du mal… et c’est incroyable d’imaginer toute l’énergie qu’ils dépensent à manifester leur mécontentement! Après une crise, N°3 est généralement complètement HS, parfaitement disposée à faire un énorme câlin réparateur ou une grosse sieste… Bon courage à toi aussi! Certains disent que ça se calme avec l’école, alors on y croit et on tient bon!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s