Ni Non ni Non…

MAF ni non ni non

J’ai une qualité – ou un gros défaut – : je dis rarement non.

Peut-être par peur de décevoir à la base, peut-être parce que j’ai travaillé plus jeune dans l’hôtellerie-restauration et qu’on ne refuse rien à un client, peut-être parce qu’on m’a appris plus tard dans mon métier que ne pas revenir avec ce qu’on était parti chercher, ou même tout à fait autre chose, était une faute professionnelle. Le côté positif, c’est que je traque toujours la solution, jusqu’à la dernière minute, et ne m’avoue jamais vaincue… le côté négatif, c’est qu’il y a quand même des fois où je dis oui en pensant non, puis me ravise mais recule si loin le moment où je vais avouer le non à ceux à qui j’avais dit oui, que quand il sort enfin de ma bouche en l’écorchant, c’est un “non… mais…” tellement peu clair qu’il finit par ressembler terriblement à un oui…

Du coup, il faut bien que je compense cet excès de oui quelque part… et quel meilleur défouloir, pour tout un chacun, que l’endroit où l’on tombe les masques, celui où l’on ne se force plus à sourire, celui où l’on ne cherche pas à renvoyer à tout prix une image positive, celui où l’on peut traîner en jogging-chaussettes toute la journée ?… A la maison, c’est donc le Festival du Refus au quotidien; ma famille vit sous le joug d’un despote (Moi) armé de son implacable pouvoir d’obstruction et de son inflexible NON, avec deux gigantesques N emprisonnant un tout petit o trop ouvert, et à la fin de la journée, je peux en toute objectivité, me décerner toutes les palmes de la négation :

–       Prix de la bonne volonté au NoN argumenté: “Non, tu ne peux pas mettre ce petit débardeur parce que c’est l’hiver, qu’il fait moins dix et que tu vas attraper une pneumonie”.

–       Prix d’utilité publique au NoN d’urgence: “NOOOOOOONNNNN, NE METS PAS CE CHAPEAU DE PLAYMOBIL DANS TA BOUCHE, TU VAS T’ETOUFFER!!!”

–       Prix du compromis au NoN diplomatique: “Non, ton dessin n’est pas râté, c’est ta façon à toi de voir les dragons… ah, c’est une princesse?”

–       Prix de la mauvaise foi au NoN par principe: “Non, pas de jeu sur l’ordinateur, ni sur la tablette et pas de télévision à cette heure-ci! Vous ne pouvez pas passer toute la journée devant un écran quand même!” (ça marche aussi avec le chocolat…)

–       Prix du vide pédagogique au NoN-parce-que-c’est-comme-ça: “Non, tu ne peux pas aller goûter chez ta copine, parce que c’est moi qui décide, que je suis ta mère et que c’est comme ça, un point c’est tout.”

–       Prix de la dissimulation au Non-simplement-parce-que-je-n’en-ai-pas-envie qui ne dit pas son NoM: “Non, ne joue pas avec mes chaussures, tu les déformes (c’est bien connu, un pied de 23 déforme dangereusement des pompes en 37)” ou “Non, je ne peux pas jouer au Monopoly avec toi, il faut que je fasse mes carreaux…”

Bref, je ne m’étonne plus de voir N°3 manipuler ses poupées en leur criant dessus: NOOON avec une grosse voix et les sourcils froncés…

Du coup, je me suis dit qu’il fallait faire quelquechose, mais comme pour toute bonne résolution – arrêter les M&M’s ou se mettre au marathon – il vaut mieux être deux pour se soutenir. J’ai donc mis ma frangine dans la combine pendant les dernières vacances. Objectif: ne plus répondre Non à la requête d’un de nos enfants. Ce qui ne revenait pas à dire Amen à tout, attention, il nous fallait simplement bannir le mot lui-même, avec ces trois lettres-couperets, pour essayer de ne pas assèner le refus mais s’obliger à formuler les choses avec plus de douceur… il fallait ensuite trouver une sanction appropriée pour nous motiver. Une seule s’est avérée suffisamment menaçante en cas de Non irrépressible et intempestif :  la privation d’apéro avec effet immédiat (oui, nous sommes des alcooliques…).

Malgré cette effrayante perspective, nous n’avons pas tenu une journée, pas même une matinée, pas même une heure… et pour nous consoler de cet échec, avons quand même succombé à notre wine o’clock revigorant après plus de 12h passées à gérer cinq gosses de 8 mois à 8 ans.

Râté pour cette fois… mais je ne perds pas espoir! Je vais travailler dur, lire the Yes Man, de Danny Wallace, écouter Lorie en boucle, commander un Ni oui ni Non pour Noël et organiser des tournois à la maison, tenter l’hypnothérapie, entrer en cure de désintoxica-non…

Vous voyez d’autres options?…

Odré non plus ne sait pas dire non, elle a même renoncé à Daniel Craig hier soir pour illustrer ce post…

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5 thoughts on “Ni Non ni Non…

  1. Haha, grand débat… j’ai eu la révélation il y a quelques mois, en lisant des trucs sur l’hypnose justement : en fait l’esprit humain ne comprendrait pas la négation. ca ne sert à rien de dire « vous n’avez plus envie de fumer » ou « tu n’as pas mal ». Il faut dire « vous avez envie d’arrêter » ou « vous vous sentez bien ». OK, plus facile à dire qu’à faire 😉 mais mon anesthésiste est super douée, je te donne son tel pour qu’elle t’apprenne 😉

    • Suis pour!!! (tu vois, je fais des efforts!) alors, si je te comprends bien, il faut dire à N°3: « tu as envie de recracher ce chapeau de Playmobil plutôt que de t’étouffer » et à N°1: « si, si je t’assure que tu veux mettre ce col roulé qui pique pour ne pas te geler les miches… »

  2. Ping : chronique antinomique | Ma Vraie Vie de MAF

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