Episode 28: Chronique sous pression

maf piscine

Chaque couple fonctionne selon un mode opératoire bien particulier, après plusieurs années de vie commune, on finit donc par anticiper les interactions, connaître les leviers de décisions et les moyens d’arriver à ses fins.

Avec  l’Homme, il m’a longtemps fallu développer la stratégie de l’échiquier ou du joueur de poker: ne rien laisser paraître, préparer plusieurs coups à l’avance et attaquer par surprise… mais mon truc à moi, c’est plutôt le Uno (rapidité, efficacité, hystérie) et puis ça impliquait beaucoup trop de calculs, de dissimulation, domaines dans lesquels il est bien plus fin que moi, finissant toujours par retourner la situation à son avantage….

J’ai ensuite essayé la tactique de la Femme Parfaite: bon petit plat + maison rangée et accueillante + draps frais + choix du film (même les soirs de Grey’s Anatomy, c’est pour dire ce que j’étais prête à concéder…) mais il ne se laissait pas berner, prenait le tout avec délectation et me laissait le bec dans l’eau.

J’ai quand même fini par trouver un moyen efficace pour le mettre dans ma poche: je repousse les contours de mes attributions et empiète franchement sur les siennes. Explication: il ne me trouve jamais plus craquante qu’en bleu de travail, tâchée de glycéro jusque derrière les oreilles, après que j’ai peint un pan de mur tout entier, et il ne peut rien me refuser quand j’ai passé la tondeuse ou fait les niveaux de la voiture.

Comme nous sommes à quelques jours des soldes et que ma garde-robe a besoin d’un sérieux coup de frais, j’ai décidé de frapper un grand coup: j’ai nettoyé la piscine. Bien sûr, pour ménager l’effet de surprise, je ne pouvais pas me permettre de lui téléphoner pour lui demander de me rappeler la marche à suivre, il a donc fallu que je fasse tout de mémoire…

J’ai compris assez vite que ça commençait mal, quand, au lieu d’aspirer, le tuyau s’est mis à me recracher rageusement des litres de flotte à la figure, mais bon, à ce stade, ce n’était encore que de l’eau. Il fallait ensuite vider les paniers de récupération. Je vous ai déjà parlé de ma passion pour la plomberie, là j’étais servie… dans une version chlorée de “MAF contre le siphon géant”, j’ai dégagé quelques cheveux, mais surtout des colonies d’araignées noyées, tout un tas de bêtes inconnues avec des milliers de pattes et des entrelacs de vers de terre rendus transparents à force de macération (on aurait dit des bouts de E.T. quand Elliott le retrouve à moitié mort dans le caniveau; même si c’était il y a plus de trente ans, cette image me hante toujours)… mais c’est en repêchant les rats crevés que j’ai vraiment pris mon pied. Je soupçonne la présence, au fond du jardin derrière la haie, d’une communauté de rongeurs persuadée que la nage est la prochaine étape de leur évolution; chaque soir d’orage (fréquemment ces temps-ci donc) ils envoient leurs représentants les plus valeureux s’essayer à la brasse… un jour, j’irais leur parler de Darwin.

Last but not least, après cet instant de pur plaisir, j’avais encore à nettoyer les filtres au Kärcher. Selon mon estimation, cette ultime phase devait correspondre avec le retour de l’Homme à la maison. Je me voyais déjà l’accueillir, telle l’amazone conquérante, lustrée, sexy et armée (un peu comme dans les spots publicitaires qui vantent l’AK 47 dans Jackie Brown)… le genre de nanas à qui tu ne refuses pas une sortie shopping, quoi.

JackieBrownAK47

J’ai donc sauté dans mon maillot de bain, me suis badigeonnée d’huile solaire et ai empoigné vigoureusement l’arme à eau… qui, de toute sa pression, a fait postillonner les filtres dans toutes les directions, mais surtout dans la mienne. Il n’a pas fallu 30 secondes pour que je me retrouve mouchetée, des orteils vernis à la racine des cheveux, d’une boue jaunâtre dont je ne voulais pas connaître la composition exacte. Derrière les carreaux maculés de mes lunettes, rendue sourde par la fureur du jet, je n’ai ni vu, ni entendu l’Homme, sa cravate et ses chaussures neuves, se poster à mes côtés… jusqu’à ce qu’il me fasse sursauter et se retrouve à son tour kärcherisé…

Du coup, je n’ai rien osé lui demander… les soldes commencent Mercredi et, c’est sûr, je n’aurais jamais le temps de tailler nos 300 m2 de haie pour l’impressionner…

 

chronique illustrée, comme toujours, par la talentueuse Odré.

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15 thoughts on “Episode 28: Chronique sous pression

    • Si je ne perds qu’un doigt, je m’estimerai heureuse… Ça me fait franchir un sacré cran dans le soudoiement (?) de conjoint, je vais peut-être réfléchir un peu…

  1. jean claude duss, les bronzés font du ski (1979) :
    « si j’peux m’permettre de t’donner un conseil, c’est : oublie qu’t’as aucune chance, vazy, fonce…on sait jamais, sur un malentendu ça peut marcher… »

    tu lui dis : « Homme, hombreeee » (là déjà il se dit aye aye aye), « ou yé fait los soldos con ounos poquitos delos budgetos, ou yé mé yette à l’eausse » (c’est pour la rime) « tou vivrasse con ounasse cradosse »

    parce que se jeter à l’os, pardon à l’eausse, c’est fait…t’as un coup d’avance, cf. le début de ton excellentissime papier…

    dépêche, t’as plus que 18 h (environ) !!!!!

    @+, en attente du prochain!!!

  2. (PS : et le jaunâtre c’est rien, juste un fin mélange d’éléments de décomposition des matières organiques constitutives des différentes espèces détaillées dans ta non moins fine narration… la vie quoi, y’en a plein greys anatomy de ce genre de trucs…)

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