Le bonheur est dans le fumier

MAF à la campagne 001

Pendant plus de 12 ans, j’ai vécu à Paname. J’y ai adoré chaque instant, la liberté de mouvement, la richesse de l’offre culturelle, la foultitude de restos… Alors évidemment, aujourd’hui, certains côtés de la capitale me manquent: le Pass Navigo, le ciné en VO, les Bo Bun et autres tartares libanais d’agneau… mais je crois être passée définitivement du côté obscur de la ruralité, et suis quasiment convaincue que je ne revivrais plus jamais en ville (même si évidemment, il ne faut pas dire: “Seine, je ne me baignerai jamais plus dans tes eaux”) parce que :

– Je suis accroc à ma bouffée d’effluves d’épandage le matin pour accompagner ma tasse de thé au petit-déjeuner;

– Le ronronnemnent des tondeuses, débrouissailleuses, taille-haies et autres moissonneuses-batteuses, ne me fait même plus élever la voix ou le volume de la radio;

– La nuit, je ne suis plus dérangée par le chant des grenouilles au bord du marécage, le chahut des fouines sur le toit, le grat-grat des souris dans l’isolation des murs ou le molosse d’à côté qui hurle à la mort dès qu’un blaireau/renardeau/mulot, passe à proximité de sa truffe (et c’est souvent…). Bon, d’accord, je suis encore réveillée par la symphonie des piafs, à 5h30 tapante à partir du mois d’Avril, mais de là à dire que c’est désagréable…;

– Je me suis mise à donner des prénoms à toute la faune qui traverse mon jardin (Oscar et Balthazar, les jumeaux lézards, Léon le Hérisson, Félix le Chat…);

– Je ne râte presque plus mes confitures, sauve les limaces de la noyade en rinçant mes salades et envisage de distiller ma propre gnôle. Je dépense plus de fric chez Botanic qu’en resto/ciné/musées tous confondus. Du coup, je suis  devenue incollable sur la corne broyée, le purin d’orties et le paillage des fraisiers – Osé-je même avouer que la première chose que je fais en me levant le matin, c’est d’aller dire bonjour à mes plants de tomates et vérifier si les melons sont sortis pendant la nuit? Osé-je?… Par contre, je ne sais toujours pas reconnaître une pousse de haricots, alors j’arrose attentivement une belle ligne d’herbes folles dans l’espoir qu’elles finissent un jour par montrer des gousses…

– J’ai accepté que ma voiture devienne une extension de mon corps, et je n’en veux plus à la société de transports publics locale de ne pas avoir prévu d’arrêt de bus dans mon village pour pallier à la fermeture de la boulangerie, de l’épicerie et du troquet. Du coup, je suis prête à me lever à 7h le samedi matin et à courrir 6 km pour aller chercher des croissants (je te vois, toi la Sportive, esquisser une moue peu convaincue, « 7h… 6 km… franchement ça ne casse pas trois pattes à un canard » te dis-tu. Et c’est mal me connaître, sinon tu saurais que courrir me procure à peu près autant de plaisir qu’accoucher sans péridurale);

– J’apprécie de ne plus subir les embouteillages pour aller au boulot le matin… ah, mais non, en fait, c’est parce que je ne travaille pas… mon Homme, lui, comme tant d’autres, plonge dedans quotidiennement… le bouchon de 8h ne sévit pas seulement aux abords des grandes agglomérations, les plus petites n’ont pas de quoi rougir… Je ne klaxonne plus quand ma voiture est arrêtée au milieu de nulle part, enfin surtout au milieu d’un troupeau, parce que je n’échangerais pour rien au monde mes encornées qui meuglent contre des indignés qui beuglent. Et je bénirais presque la DDE de me permettre de revoir occasionnellement un bon vieux feu rouge – chronométré qui plus est!

– Je suis TROP excitée, parce que dans deux semaines, c’est la fête des Feux de la St Jean, avec grillades, salade de riz et rosé à volonté, et que je vais enfin pouvoir étrenner ma nouvelle petite robe La Fée Maraboutée. Par contre, je ne rêve même plus d’une paire de Louboutins, parce que franchement, pour aller à l’école, ça ferait trop… d’autant que moi aussi, j’envie la petite fille la plus populaire de la cour de maternelle, pas celle que son Papa dépose en Porshe Cayenne, non, non, celle qui arrive en MF 8600 de chez Massey-Ferguson… et les talons sur un tracteur, ça fait vite calendrier ‘Belles des Prés’, non?

Quand je suis arrivée à Paris et qu’on m’a fait remarqué que j’avais encore de la paille dans les cheveux, je me suis brossée jusqu’au sang pour m’en débarasser. Aujourd’hui, j’ai récupéré une botte de paille que je garde précieusement dans le garage et avec laquelle je me frotte la tête tous les matins en me levant…

 

 

Dans la précipitation, j’allais presque oublier de rendre hommage au dessin d’Odré, à qui j’avais juste donné le mot ‘campagne’ pour indication… si c’est pas de la télépathie créatrice, ça…

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5 thoughts on “Le bonheur est dans le fumier

  1. merci pour le lien ! et promis de chez promis, si on arrive à se voir cet été, je débarque avec mes nems et mes nouilles pour te faire un bobun 🙂 PS : plante de la coriandre et de la menthe en m’attendant, OK ?

  2. Ping : 1 AN!!!! | Ma Vraie Vie de MAF

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