Epilator Strikes Back

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Je suis magnanime. J’aurais pu décider de lui faire payer toutes les vexations qu’il m’avait fait endurer, le laisser devenir la risée du quartier et se faire humilier par nos voisines apprêtées. Avec leurs coupes d’été et leurs courbes bien dessinées, elles commençaient déjà à onduler gracieusement sous la brise, comme pour le faire enrager. Impuissant, il subissait la météo, ses contours s’affadissaient après chaque averse, disparaissaient un peu plus à chaque apparition du soleil. J’aurais pu me repaître de sa déconfiture, le regarder d’en haut et savourer ma vengeance. J’aurais pu laisser les chiendents, orties et autres pissenlits le recouvrir et l’enlaidir sans pitié.  

Mais il faut savoir pardonnner, faire table rase des mésententes passées. Et puis, voir mon adversaire pentu perdre de sa superbe ne me réjouissait finalement qu’à moitié. Peut-être aussi que je compatissais trop à son mal-être… Qui, mieux que moi en effet, peut comprendre le complexe de la mauvaise herbe, la tyrannie de la touffe disgracieuse? Je ne sais que trop bien ce que l’on ressent à l’occasion d’une baignade imprévue, quand toutes les autres batifolent à la fraîche mais qu’on préfère cuire dans son jean sur la berge plutôt que d’exhiber ses guiboles à fourrure. Au temps où il fallait bien que ma jeunesse se passât, n’utilisais-je pas mon pelage comme ultime garde-fou car je savais que ma volonté seule ne suffirait à m’empêcher de cèder à la tentation ? J’allais succomber ? Hop, mes mollets duveteux me ramenaient à la maison raison, et je m’éloignais, chaste et mystérieuse… Et ne suis-je pas aujourd’hui celle dont le pire cauchemar est de se retrouver accidentellement à l’hôpital, non par peur du drame, des piqûres ou de la douleur, mais parce qu’elle n’aurait pas eu le temps de s’épiler avant de se faire examiner?… Bref, de velu à velue, on s’est entendus, et par solidarité, je décidai de m’infliger, en même temps qu’à mon talus, la torture dépilatoire.

J’ai donc cherché sur Internet les consignes d’éminents édaphologues* que je recoupai ensuite avec les conseils de mon esthéticienne. Et voici les différentes options qui s’offraient à moi :

– la décoloration, plutôt recommandée sur des pelouses fines et claires. Attention ! Pour les plus chlorophyllées ou les carnations méditerranéennes, il est impératif de faire un essai sur une petite portion, car certaines natures de graminées peuvent virer au blond voire au roux…

– le rasage, rapide – une fois qu’on maîtrise l’outil – et indolore – si l’on est adroit – mais éphémère…  il me faudrait recommencer deux jours plus tard, sur une herbe encore plus drue.

–  le laser, la lumière pulsée ou je ne sais quelle autre technique définitive et hors de prix, mais je n’étais pas prête à investir autant d’argent dans une pratique trop récente pour être honnête – d’autant que mon Père a une théorie très intéressante selon laquelle l’hyperpilosité pourrait un jour revenir à la mode… Sait-on jamais ? Dans le doute, je préfèrais ménager mes bulbes.

Pour un désherbage efficace et durable, il ne me restait donc plus qu’une solution : l’arrachage. Une série de coups de binette efficace et l’application alternée de bandes de cire permettraient de déraciner les indésirables et de ralentir la repousse sur le long terme. Je décidais donc de serrer les dents… Après plusieurs heures de labeur, mes jambes comptaient autant de points rouges qu’il y avait de trous dans le gazon du talus ; j’étais fourbue mais nous étions lisses.

Fière de mon éradication, le lendemain, je descendais, légère et court vêtue, chercher le courrier au bas de la pente quand l’un de mes talons se coinça entre deux pavés… Ce n’était qu’un avertissement : après la trêve des épilateurs, les hostilités reprenaient…

ça faisait longtemps que je ne vous avais pas asséné un mot extra-terrestre, alors rien que pour voir votre tête, il fallait que je réussisse à en glisser un aujourd’hui! L’édaphologie (du grec edaphos, le sol), aussi appelée agrologie, est l’étude des sols en tant qu’habitat naturel pour les végétaux. Avec la pédologie, c’est une des deux branches principales de la science des sols (merci Wiki!)

Et pour ceux qui n’auraient pas suivi, retrouvez les aventures du talus: chronique d’une tonte, le retour de la vengeance du talus et le retour de la vengeance du talus#2.

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4 thoughts on “Epilator Strikes Back

  1. Je repense à ta peur de l’hôpital. Ca m’est arrivé. On m’a trimballée dans tous les couloirs les jambes à l’air dans ma chemise de nuit de papier. J’aurais pu essayer de faire croire que c’était un jean yéti cela dit.
    Et ça faisait tellement longtemps que je n’avais rien fait (hum) qu’on m’a même demandé si j’avais déjà songé à consulter un endocrinologue.
    Honte intersidérale.

    • Je compatis dans ma chair… heureusement que ça ne tue pas, et puis il faut se dire qu’ils en ont certainement vu d’autres, et que si tu étais à l’hôpital, ils devaient se concentrer sur d’autres choses que sur tes mollets… mais, oui, je compatis totalement!

  2. Ping: Episode 27: chronique d’un Outing | Ma Vraie Vie de MAF

  3. Ping: 1 AN!!!! | Ma Vraie Vie de MAF

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