1992

pola-cahierdetextesSur l’excellent blog Femme Sweet Femme,  je suis tombée hier sur un texte inspiré du blog de la Défraîchie, lui-même écrit d’après le livre « Dear Me », un recueil de lettres de célébrités (Hugh Jackman, Kathleen Turner, Stephen King…) à leur « Sixteen-Year-Old Self »… du coup, ça m’a donné envie d’envoyer moi aussi une lettre à celle que j’étais quand j’avais 16 ans.

Chère Calamity,

Il y a quelques semaines, Maman a exhumé tes cahiers de textes de lycée et m’a offert, du même coup, un voyage dans le temps pour pas cher. A leur lecture, passé la minute nostalgique, j’ai très vite été rattrapée par un sentiment confus et moyennement agréable, une sorte de boule dans le ventre accompagnée d’une chute vertigineuse de confiance en moi: j’étais réinvestie par ton mal-être adolescent.

Je t’ai revue sourire à t’en faire mal aux joues, le jour où on t’a enlevé ton appareil dentaire… et pleurer le lendemain, parce le boutonneux sur lequel tu avais jeté ton dévolu n’avait même pas vu tes dents blanches, éclipsées par les boucles blondes de ta cousine.

Je t’ai revue avec le long manteau en daim de Grand-Père qui t’avait valu ce surnom, cherchant à écorner l’image de petite fille sage qui te collait à la peau, bonne élève ayant mauvaise conscience qui refilait ses devoirs pour gagner des points de popularité.

Je t’ai revue toute fière pour ton 1er concert, les Guns’N Roses, entre tes potes à carreaux, le joli petit blond et le beau grand brun; je t’ai vue rêver de Baryshnikov, pleurer devant le Cercle des Poètes Disparus et les Nuits Fauves dedans, mais te déchaîner en hurlant “Fuck You, I won’t do what you tell me!” et parler snowboard dehors.

J’ai surtout revu une nénette gauche, effacée, pathologiquement angoissée par le regard des autres et l’idée de ne plus avoir d’amis, prête à repousser ses limites pour faire partie du groupe… et pour ça, je t’en ai longtemps voulu.

Mais si je t’écris aujourd’hui, c’est pour faire la paix. Evidemment, je pourrais te donner des tas de conseils (commence tout de suite à t’épiler les sourcils; arrête de trouver de l’exotisme chez des tocards qui n’en n’ont pas; ne te laisse pas impressionner par ceux qui ont TOUJOURS quelquechose à raconter; écoute ton prof de Français, il a raison, tu es d’une inculture effarante et tu vas le payer cher pour la voie que tu as choisie; ne te pose pas trop de questions mais pose-toi les bonnes), je pourrais même te rassurer en te racontant toutes les belles choses qui vont t’arriver d’ici deux ou trois ans.

Mais je vais me contenter de te dire de ne rien changer, de continuer à te ramasser, à faire les mauvais choix, à pleurer un peu tous les jours, à te mettre dans des situations tellement embarrassantes que près de 20 ans plus tard, elles te donneront encore envie de te planquer dans un abri anti-atomique, rien que d’y repenser. 

Et je vais pardonner tes maladresses de débutante, ton manque de confiance en toi et tes drôles d’idoles. Parce que j’ai fini par accepter que, malgré tes t-shirts à tête de mort mal assortis à tes cahiers impeccables et ta moyenne de fayotte, pour que je devienne une trentenaire épanouie aujourd’hui, pour que je sois enfin moi, et bien oui, il me fallait vraiment en passer par toi.

Et vous, qu’est-ce que vous vous diriez?

Publicités

12 thoughts on “1992

  1. Ping : 1993 |

  2. J’adore ! Je ferai ça, un jour, écrire à la 16-year-old-myself… pas sûre cependant de rendre la lettre publique !! (PS : la zincou aux boucles blondes, OK elle est canon, mais tu es aujourd’hui certainement aussi heureuse qu’elle, non ? C’est ce qui compte !)

    • dans une première version, j’avais été un peu moins tendre avec mon ado, genre règlement de compte à St Jo-Coral… c’est sûr, on ne peut pas TOUT rendre public non plus… quant à ma ZineCou, elle est toujours aussi belle, c’est vrai, mais j’ai fini par me trouver pas si mal que ça et nous sommes toutes les deux très heureuses!

  3. Je me souviens d’une fille que j’ai connu dès la maternelle.
    Je me souviens que je voulais que ce soit mon amoureuse, mais malheureusement elle n’avait d’yeux que pour ce petit blond, malgré les cadeaux (que ma mère me préparait) que je lui offrais très maladroitement. En même temps, tout le monde l’aimait bien ce petit blond, moi compris.

    Je me souviens de cette fille qui au fil des ans m’agaçait par sa perfection, toujours très appréciée des instits, puis des profs.En même temps c’était justifié, s’il n’y avait que des élèves comme elle, le monde de l’éducation n’en serait pas là. Et puis cette perfections vous ramène à vos propres défauts, c’est toujours désagréable,il faut que quelqu’un paie.

    Je me souvient de cette fille qui nous invitait moi et le blond a des crêpes party d’anthologie au Pléney (pas la montagne, la résidence).
    Je me souviens de la mère de cette fille, toujours super enthousiaste à pratiquement tout, et qui m avait aider a m’acheter ma première gratte en cachette (une imitation Les Paul bien entendu, les Guns etaient passés par la)

    Je me souviens de cette fille dans l’autre lycée qui m’empêchait de sauter de la passerelle (c’est ce que je voulais bien lui faire croire…) un soir de déception amoureuse.

    Je me souviens de cette fille dans l’autre lycée qui m avait déçu un jour en la voyant la clope au bec. Aujourd hui le fumeur c est moi…

    Je me souviens de cette fille qui m avait jeté une salade bien grasse à la gueule, je lui en ai voulu longtemps, à en couper les ponts, tout ça pour une salade…pas une minute ca ne m’a effleuré que ce n ‘était pas une salade, mais un message qui me disait : t’es vraiment un naze.

    Je me souviens de cette fille londonienne qui n’avait pas hésité a claquer son Livret A dans une conversation téléphonique internationale de plus de de 6 heures pour m’écouter me plaindre et me réconforter.

    Je me souviens d’une fille qui n’a vraiment pas à rougir de ce qu’elle a pu accomplir dans sa jeunesse.

    Je me souviens de cette fille qui a toujours été là pour moi et certainement pour bien d’autres, la réciprocité est loin d’être évidente.

    Bref, souvent je me souviens que je connais une fille formidable.

  4. Ping : 1 AN!!!! | Ma Vraie Vie de MAF

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s