La même mère, pas la même Maman

PaslamêmemamanQuand je croise le regard de mes nénettes, je vois en chacune des reflets très différents: plusieurs nuances de brun et… mon reflet dans toutes ses nuances. J’y vois de l’interrogation, du doute parfois, un grand amour ou une effronterie à peine consciente d’elle-même; j’y vois surtout qu’elles ne me perçoivent pas toutes les trois de la même manière, car, c’est évident, je ne suis pas la même avec chacune d’entre elles. Faisons des différences entre nos enfants? Trêve d’hypocrisie, JE fais des différences entre les miens et n’ai d’autre choix que de l’assumer.

Evidemment, elles auront la même ration de bonbons, le même nombre de paire de claques et les mêmes habits (s’ils ont résisté de l’une à l’autre), car l’équité parfaite est une tradition familiale ancrée profond dans les gênes de l’Homme et dans les miens. Mais au quotidien, je dois me rendre à l’évidence, je ne réagis pas du tout pareil avec chacune de mes filles.

N°1 est un chef-d’oeuvre. Elle est belle, sensible, intelligente, fine et, malgré cette quasi-perfection, je suis avec elle d’une intransigeance tout à fait incontrôlée et irrationnelle. Elle n’a pas eu besoin de dictionnaire pour comprendre le mot “marâtre” et se sentir pleine d’empathie à l’égard de Cendrillon; elle m’a même dit, un jour, que j’étais plus sévère que son maître d’école, lui-même une référence en terme de fermeté. Est-ce justement parce qu’elle est si parfaite que je ne lui accorde aucune marge de manoeuvre? Est-ce parce que je n’ai fait sa connaissance que plusieurs heures après sa venue au monde, dans le vacarme et l’inconfort de la salle de réveil d’une grande maternité parisienne? Est-ce parce qu’elle a eu une maman en début de carrière, jeune, urbaine et à fleur de peau, qui ne la comprenait pas très bien et n’a pas toujours su l’apaiser? Est-ce tout simplement le lot de l’aînée?

N°2 est un astre. Elle est lumineuse, animale, un peu sauvage, une sorte de feu follet entre Manon des Sources et Iggy Pop. Même si son rythme de vie n’est pas toujours compatible avec les contraintes de l’école, de la maison ou de la famille, je rêverais qu’elle ne perde jamais sa spontanéité, son côté insaisissable… Malgré sa tête de mule, j’ai l’impression de savoir comment la prendre. Souvent, elle m’attendrit. Peut-être même que je la surprotège, me faisant tout un monde de cette place du milieu. Est-ce parce que sa naissance reste l’un de mes souvenirs les plus forts (dans la catégorie “exploits surhumains”, juste devant la chute libre et mes deux autres accouchements)? Est-ce parce qu’elle a eu une maman de niveau intermédiaire, qui se faisait plus confiance et attendait peut-être moins de son bébé qu’il rentre dans les cases? Ou est-ce le lot de la cadette d’être plus fusionnelle et surprotégée par sa mère?

N°3 est… en chantier. Une infinité de possibles, un potentiel sans limites, enrobé de 12 kilos de détermination et d’un caractère de cochon.  Forte de mon expertise parentale, j’aurais pu, avec elle, atteindre la quintessence de la maternité… ça ressemble en fait beaucoup plus à un parcours de montagnes russe les yeux bandés. Rien n’est jamais acquis, ni les nuits, ni les repas, ni aucune routine. Je suis tour à tour ferme, démissionnaire, joueuse, exaspérée, tordue  de rire ou aux bords des larmes; pas de règles, plus de principes, je suis prête à toutes les compromissions pour la faire taire (chocolat, chips, Tranxène), et un change sans crise de nerfs suffit à faire mon bonheur. Est-ce parce qu’elle m’en a fait bavé à la sortie, la charogne, s’accrochant ensuite à mon sein pour ne plus le lâcher pendant les deux ans qui ont suivi? Est-ce parce qu’elle a presque trois mamans, deux juniors et une senior un peu fatiguée, provinciale jusque dans ses bottes en caoutchouc, une maman à plein temps, ayant fait le choix de se consacrer à sa famille et réalisant que ce n’est pas un sinécure? Ou est-ce le lot de la benjamine de dissuader sa mère d’en faire un 4ème?

Consciente de ces différences, j’essaie évidemment, de compenser, d’équilibrer: je propose à N°1 de me rejoindre sur le tapis d’éveil pour jouer au cube magique; je prive N°2 de télé et lui fais faire des lignes entières de ronds si elle rentre un soir avec un point orange et pas un point vert; et il y a même des jours où j’arrive à faire manger des légumes à N°3, à la sortir du bain avant qu’elle ne soit toute fripée et à la coucher à 20h… Mais elles sentent bien que ce n’est pas très naturel.

Elles savent, et je sais, que si elles ont toutes la même mère, elles n’ont pas la même Maman.

 

Et c’est de nouveau Odré qui nous a grimées!

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5 thoughts on “La même mère, pas la même Maman

  1. Je crois que l’on a tendance à être un peu plus sévère avec le premier enfant, parce que l’on a le stress de la découverte. Avec le ou les suivants, c’est plus relax : on est en terrain connu et sans Frédéric Lopez.

  2. Ping : 1 AN!!!! | Ma Vraie Vie de MAF

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