Episode 13: Mon vrai conte de Noël: L’effet Charentaise

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Manu voudrait accrocher une patère dans l’entrée. Je m’y oppose. J’ai pourtant failli cèder, c’est vrai, c’est pratique… Mais au dernier moment, la cheville dans le mur m’a rappelée que c’était un miroir que je voulais dans l’entrée, un miroir! Une rangée de manteaux ne m’aurait jamais évité l’humiliation d’arriver à l’école avec une moustache de confiture de fraises.

Il arrive parfois que nous soyons sur le point de prendre une mauvaise direction, à l’encontre de nos envies profondes, et de faire un choix contraint. Mais au dernier moment, un détail, un rien, nous rappelle nos convictions et nous évite la catastrophe. C’est ce que j’appelle “l’effet charentaise”.

Explications. Autour de la vingtaine, je vivais à Londres. J’y cherchais tellement l’AAAmour que j’avais désactivé mes systèmes de jugement critique et ouvert tous mes chakhras, pour ne surtout pas manquer une opportunité. J’essayais donc de m’assortir avec une vaste palette de personnes très différentes… pour cela, la capitale britannique est le lieu rêvé: on y croise toutes les couleurs, tous les accents, toutes les coupes de cheveux… D’après un shéma très classique, je nouais de nouvelles amitiés autour d’une ou plusieurs pintes, bases extrêmement solides pour des relations vampiriques, de celles qui se terminent au lever du soleil, avec le bus de nuit pour cellule de dégrisement.

Mais j’avais rencontré ce garçon, posé, intelligent, raffiné, avec qui je partageais très chastement balades, expos ou concerts. Un week-end, il m’invita chez lui, à prendre un brunch avant d’aller écouter des cantiques de Noël. Il n’y avait pas vraiment d’électricité entre nous et je n’étais pas une fervente amatrice de musique sacrée, mais toutes les histoires d’amour ne sont pas des passions dévorantes et je voulais y croire – en Dieu, en lui, en moi, en nous! Lorsqu’il m’ouvrit la porte ce matin de Décembre, je découvris à ses pieds une paire de charentaises à rayures qui me remirent les idées en place. Des charentaises à moins de 25 ans! A Londres! Fallait-il que je sois désespérée, moi la grande passionnée, pour me laisser tenter par un dimanche à l’église et une histoire raisonnable – j’avais 20 ans, je vous le rappelle, on est un peu intense à cet âge-là, non? Passionnée, mais bien élevée, j’ai quand même écouté tout le récital – un vrai plaisir, en fait! – avant de retourner au pub, chercher l’âme soeur à grands renforts de SnakeBite*. Il avait suffi de deux chaussons bleu marine et vert, fourrés laine, pour que je retrouve mes esprits.

En cette période de Noël, je veux donc croire que nous avons toutes au fond de nous une petite charentaise qui nous guide et nous aide à faire les bons choix – bon, en fonction de notre passé, notre éducation et nos références, nous n’avons pas toutes la même aversion pour les chaussons; ça peut être le slip kangourou, la gourmette en argent ou l’abonnement au Chasseur Français, que sais-je? Chacune son truc! Pour moi en tous cas, grâce à elle, il n’y aura pas de patère dans notre entrée.

 

*mélange de bière et de cidre, avec un jet de sirop de cassis, que certains tenanciers de pub refusent de servir car il monte trop vite à la tête.

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4 thoughts on “Episode 13: Mon vrai conte de Noël: L’effet Charentaise

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